Regards · Santé du dirigeant
Santé mentale du dirigeant : ce que révèle le « dernier de la liste »
Un dirigeant veille sur sa trésorerie, ses clients, ses équipes : rarement sur lui-même. Un récent article de Placéco le rappelle avec force. Chez Entraide & Entrepreneurs, nous observons depuis dix ans ce que cet oubli finit par coûter, à l'homme comme à l'entreprise.
La scène se répète à chaque intervention : devant une salle de chefs d'entreprise, le psychologue clinicien Jean-Luc Douillard demande qui a déjà travaillé en étant malade, reporté un rendez-vous médical faute de temps, ou répondu à un courriel un dimanche soir après s'être promis de ne pas le faire. Les mains se lèvent, nombreuses. Lors d'une masterclass organisée par Placéco et Sud Ouest, il résume le paradoxe d'une formule que nous faisons nôtre : « Le corps suit ce que la tête commande. »
Une santé qui ne se négocie pas séparément de l'entreprise
Le constat qui ouvre l'article nous parle directement. La plupart des dirigeants se déclarent en bonne santé ; mais dès que l'on gratte, les soucis physiques ou psychologiques apparaissent en masse. Entre l'image que l'on doit tenir et la réalité que l'on tait, l'écart est précisément le terrain sur lequel nous travaillons. Car cette santé-là n'est pas une affaire privée que l'on règlerait à côté : elle conditionne la lucidité des décisions, la capacité à tenir dans la durée, la solidité de l'entreprise elle-même. Quand nous accompagnons un dirigeant en difficulté, nous ne séparons jamais la trésorerie de celui qui la porte.
L'article pointe les causes de cette négligence, et elles recoupent ce que nous voyons sur le terrain. Le dirigeant n'a ni durée légale de travail, ni médecine du travail dédiée, ni bilan obligatoire. À ce vide institutionnel s'ajoute un réflexe culturel : demander de l'aide passerait pour un aveu de faiblesse. Habitué à parler des autres et à animer son réseau, il peine à parler de lui. C'est exactement ce verrou que notre association s'emploie à desserrer ; c'est le sens de notre mission.
L'isolement, ce piège que nous connaissons bien
« On se replie sur soi, on essaie de faire tout seul » : la phrase décrit un mécanisme que nous rencontrons dans presque chaque dossier. Le dirigeant qui va mal cesse d'en parler au moment précis où il devrait le faire. Le psychologue observe d'ailleurs que, dans les situations de redressement ou de liquidation qu'il accompagne, la vie de couple a le plus souvent déjà cédé. L'effondrement professionnel est rarement seul ; il s'accompagne d'un délitement personnel que l'entourage encaisse en silence.
Rompre cet isolement n'a rien d'un supplément d'âme : c'est le premier levier de redressement. Nos témoignages le disent mieux que n'importe quel argument : ce qui change la trajectoire, c'est souvent le jour où le dirigeant accepte enfin de confier sa situation à quelqu'un. Mettre face à lui un parrain entrepreneur qui est passé par là, un juriste, un accompagnement personnel : voilà ce que nos bénévoles proposent, gratuitement et en toute confidentialité.
Dix recommandations… et un réflexe à prendre en amont
Les dix leviers proposés dans l'article : soigner son sommeil comme un actif stratégique, bouger avant d'y être contraint, se ménager chaque jour un moment hors de l'entreprise, cesser de valoriser le stress, surveiller alimentation et écrans, prendre soin de ses proches, apprendre à déléguer quand tout va bien, parler de soi régulièrement et s'imposer un vrai « contrôle technique » du corps et de la tête : ont un point commun : ils se mettent en place avant la crise, pas pendant.
C'est très exactement la logique de prévention que nous défendons. Notre programme de sensibilisation porte ce message auprès des dirigeants et de leurs partenaires : anticiper plutôt que subir. Et parce que la santé du dirigeant et la santé de gestion de son entreprise relèvent du même réflexe : faire le point à froid, pas dans l'urgence : nous avons conçu Les Essentiels de l'Entrepreneur, un diagnostic en trente questions pour repérer ses points forts et ses angles morts avant qu'ils ne deviennent des difficultés.
80 % de vos décisions, de votre énergie, de votre capacité à déployer vos projets dépendent d'une bonne santé mentale.
Nous ajouterions une seule chose au neuvième conseil du psychologue : « parler de soi avant d'avoir à le faire en urgence ». Ce professionnel de santé vers qui se tourner peut aussi être, en première intention, une main tendue entre pairs. On ouvre plus facilement une porte quand, de l'autre côté, se tient quelqu'un qui a connu la même traversée.
Vous êtes concerné, ou vous connaissez un dirigeant qui l'est ?
N'attendez pas l'urgence. Un échange confidentiel avec l'un de nos bénévoles ne vous engage à rien, et peut tout changer.
Cet article prolonge une publication de Placéco Nouvelle-Aquitaine.
« Santé mentale du dirigeant : Le corps suit ce que la tête commande », par
Marie Bardet-Crougnaud, à partir d'une masterclass Placéco & Sud Ouest, en
partenariat avec la Mutuelle Ociane Matmut, avec l'intervention du psychologue clinicien
Jean-Luc Douillard.
Lire l'article original sur Placéco →
Les analyses et commentaires du présent billet n'engagent qu'Entraide & Entrepreneurs.